La recherche dans le sang

Heather Durham, Ph.D ne partira pas en kayak sous peu. La chercheure, qui se concentre surtout sur la sclérose latérale amyotrophique (SLA), n’a aucune intention de suspendre son sarrau lorsqu’elle atteindra 65 ans, l’âge usuel de retraite. Bien qu’elle aime le kayak et la plongée sous-marine, sa véritable passion est son travail : « J’adore ce que je fais. C’est un privilège d’avoir un emploi qui fait appel à vos capacités intellectuelles », déclare Dr. Durham.

Depuis près de 25 ans, Dr. Durham, professeure à l’Institut neurologique de Montréal (INM) de l’Université McGill, étudie la façon dont les motoneurones succombent à la SLA, ainsi que les traitements possibles. Elle se souvient précisément du moment où elle a décidé de dédier sa vie à la SLA. Son mentor, le défunt Dr. George Karpati, chef de file dans la recherche neuromusculaire translationnelle, lui avait demandé de l’accompagner lors d’une visite chez un patient atteint de SLA. Elle se rappelle être debout dans la pièce et faisait la rencontre du patient, en constatant les impacts de la maladie. Elle a été intriguée, puis elle a décidé sur-le-champ de se pencher sur cette maladie neurodégénérative.

Heather a une perspective  translationnelle. Elle utilise la recherche fondamentale pour comprendre la maladie au plan cellulaire, puis elle applique ses connaissances pour déterminer et tester des approches thérapeutiques potentielles. « Je me suis jointe au INM pour doter ma recherche d’un caractère pratique. La recherche sur la SLA était parfaitement adaptée. Encore aujourd’hui, cette maladie me fascine tant sur les plans scientifique qu’humain. Peu importe l’implication, personne ne peut rester indifférent à cette maladie. Il y a quelque chose de touchant en ce dilemme. »

Pour l’instant, il n’existe aucun traitement contre la SLA. Quelque 3 000 Canadiens souffrent de cette maladie, qui entraîne l’affaiblissement musculaire, et éventuellement la paralysie. La majorité survit moins de cinq ans après le diagnostic, mais un faible pourcentage peut vivre plus de dix ans.

Le Laboratoire de recherche Durham

La SLA n’est pas qu’une maladie. Il s’agit plutôt d’un ensemble de troubles déclenchés différemment, mais dont les symptômes et la progression sont communs. Des mutations dans plusieurs gênes sont liées à la forme familiale de SLA (lorsque la maladie touche plusieurs membres de la famille). Les protéines produites par ces gênes mutants tendent à prendre des formes anormales, pouvant perturber les fonctions des protéines et entraîner la formation d’agrégats. Ces dépôts dans les protéines endommagées sont caractéristiques des formes familiale et sporadique (sans historique familial) de la SLA. Les cellules peuvent se débarrasser des protéines endommagées, mais cette faculté manque éventuellement, contribuant à la dysfonction, puis à la mort des neurones.

Le Laboratoire Durham s’est penché sur la façon dont ces « processus de réponse au stress » sont dysfonctionnels dans les cas touchés par la SLA et sur des solutions pour augmenter les capacités d’autoprotection des neurones en éliminant les protéines toxiques avant qu’elles ne fassent des ravages.

Plus de deux décennies plus tard, Dr. Durham reste passionnée de son travail. « C’est ce sentiment de tenter de comprendre les motoneurones. Chaque type de neurone a sa propre personnalité. Chacun est conçu pour effectuer une fonction précise. C’est intéressant de comprendre ce qui les rend différents les uns des autres et leurs vulnérabilités à la maladie. »

Récipiendaire d’une subvention internationale prestigieuse

Dr. Durham et ses collègues sont les récents récipiendaires de la subvention E-RARE-2, remise par la ERA-Net for Research Programmes on Rare Diseases. ERA-Net est un organisme européen regroupant plusieurs agences des pays partenaires et finançant des activités de recherche menées en coopération transnationale sur des maladies rares. SLA Canada, les Instituts canadiens pour la recherche en santé – Institut de génétique, le Fonds de recherche du Québec-Santé, l’Agence Nationale de la Recherche (France) et le Ministère de la santé (Israël) financent cette subvention de trois ans. Une portion des fonds remis à la Société de la SLA du Québec à travers les Marches pour la SLA a contribué à financer cette subvention, à travers SLA Canada.

Dre Durham est coordonnatrice de projet pour ARN-SLA : dérégulation de l’ARN dans la pathogenèse de la SLA, un projet qui sera mené par l’équipe multidisciplinaire du Dre Durham (Université McGill), Dr. Michael Strong (Western Unisersity, London), Edor Kabashi (ICM, Paris, France – citoyen canadien formé au Québec à l’Université McGill et à l’Université de Montréal), et Eran Hornstein (Institut Weitzmann des sciences, Israël).

L’espoir grâce à la recherche

Dre Durham est confiante que la SLA familiale sera traitable d’ici les dix prochaines années. Elle note que les chercheurs acquièrent une meilleure compréhension des causes génétiques de la SLA, et travaillent fort pour développer des traitements. Elle comprend que les délais sont difficiles pour les patients en raison de la progression rapide de la maladie, mais elle souligne que la recherche ne progresse pas de façon linéaire. « La recherche peut mener à des découvertes surprenantes. Nous ne pouvons jamais prévoir la prochaine percée », affirme Dre Durham. « Les chercheurs se penchent sur la problématique de différentes façons. Le potentiel est donc énorme. »

Le Canada figure parmi les chefs de file dans la recherche sur la SLA. Dre Durham soutient que l’environnement de recherche au Canada est excellent et qu’il y a une réelle impression d’élan. Toutefois, elle souligne : « Nous avons besoin d’aide – les chercheurs ne suffisent pas. Nous avons besoin du soutien des Sociétés de la SLA, des donateurs pour financer la recherche, et les gouvernements doivent aussi financer la recherche adéquatement. Nous devons travailler ensemble afin de réaliser la prochaine percée. »