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Par un bénévole

Situé au centre-ville de Montréal, dans un secteur branché reconnu pour sa vocation culturelle, le café de Michel Richoz est, à bien des égards, très différent de ce que son propriétaire a pu vivre pendant plus de deux ans. Le café est grouillant de vie. Au son d’un air de jazz feutré, parmi un amoncellement de tables et de chaises hétéroclites, s’affairent à leurs portables de nombreux clients réguliers qui sirotent leurs lattés ou leurs cappuccinos. Paix et sérénité définissent bien cet endroit. Pourtant en 2006, année d’ouverture du commerce de Michel, un très lourd diagnostic attribuait à sa mère une forme particulièrement agressive de la SLA. « Ma soeur et moi connaissions déjà la SLA puisque la soeur de notre mère en était atteinte vingt ans auparavant. Et voilà que ça recommençait. » À partir de ce moment fatidique et jusqu’en 2008, Michel aurait à vivre les années les plus difficile de sa vie. « L’état de ma mère nécessitait une attention 24 heures sur 24 », nous confie Michel qui, avec sa soeur, a pris soin de sa mère. Comme elle était atteinte de la forme bulbaire, ma mère a d’abord eu des troubles d’élocution, puis perdu la capacité de s’alimenter. Par la suite, tout s’est passé très vite. C’était devenu épuisant pour nous de composer avec les soins à prodiguer à maman tout en cherchant à maintenir un équilibre dans nos propres vies. Ma mère tenait à tout prix à rester à la maison, pas question d’aller à l’hôpital ou dans une autre institution. Malgré tout ce que j’ai pu vivre, je sais aujourd’hui que je referais exactement la même chose pour elle. » Pour franchir cette épreuve, Michel a dû vivre un jour à la fois. « Impossible de faire des plans, dit-il. Une journée, tout semble aller, alors que le lendemain nous apporte son lot de problèmes, on ne sait vraiment plus… Mais grâce à la Société de la SLA, nous avons pu compter sur l’aide précieuse du CLSC ainsi que sur celle du Centre de réadaptation Lucie-Bruneau ».

« Il n’existe aucun remède; rien n’a encore été trouvé pour alléger la souffrance et, surtout, rien qui ne puisse arrêter sa progression, ajoute-t-il. Il n’y a aucun répit, aucun soulagement, aucune rémission. Tout cela est tellement triste. Chaque petit geste que les gens peuvent poser, que ce soit par du bénévolat ou encore par des dons, nous rapproche toutefois d’un éventuel remède. » En réaction à tout cela, Michel Richoz a choisi de s’investir en se portant bénévole auprès de la Société de la SLA du Québec. « J’ai débuté en novembre 2008, raconte-t-il.  Ma soeur et moi avons choisi de commencer notre action en participant à l’organisation de la fête de Noël. Par la suite, j’ai demandé de quelles autres manières je pouvais être utile. Je savais pertinemment que je ne pourrais pas m’investir directement auprès des personnes atteintes de la SLA, j’étais encore trop marqué par l’expérience vécue avec ma mère. J’ai donc décidé de faire du travail de bureau, à raison d’une demi-journée par semaine. C’est fantastique! J’adore les personnes que je côtoie et cela me permet de voir et de vivre autre chose que le quotidien de mon commerce. » Après s’être occupé de sa mère pendant de nombreux mois, Michel a vu sa conception de la vie changée. « Ma définition du bonheur s’est considérablement transformée, a-t-il avoué. Je n’accorde plus la même importance à l’argent ni aux biens matériels. Ma famille, mes amis, mon personnel, le bénévolat sont maintenant ce qui m’importe le plus. »  Le sourire qui se dessine sur ses lèvres tandis qu’il balaie son café du regard et qu’il savoure d’un air satisfait la tranquillité qui s’en dégage, tout cela confirme le bonheur de Michel.